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"Ce site est une présentation du travail de Laurent Castelain utilisant principalement les techniques de la céramique et du raku.
Il se déplace partout grâce à sa Céramobile pour des animations diverses et variées."

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Le Raku



LE  RAKU :  un peu d’histoire résumée.



Dès le XI° siècle, des potiers coréens, suite à une émigration plus ou moins volontaire, s’installent au Japon dans les régions de Seto et Kyoto. Ils apportent leurs techniques et leur esthétique : elles s’appuient sur leur éthique philosophique inspirée par la pensée mystique « zen ». Cette éthique animera la céramique traditionnelle de leurs descendants.
Au XIV° siècle, l’éthique zen « wabi » imprègne la création artistique.

A la fin du XVI° siècle, le maître du thé Sen No Rikyu codifie le rituel WABI de la cérémonie du thé. Professeur de céramique, il a les compétences qui lui permettent de choisir une céramique exprimant l’osmose « nature-humanité ».
Le choix de Sen No Rikyu, parmi les divers types de bols utilisés pour la cérémonie du thé familiale, se porte sur un bol modelé, de forme simple, cylindrique, qui épouse la main en lui communiquant la douce chaleur du breuvage. Sa glaçure est douve, d’un noir plein de nuances. Il s’agit de céramique de style SETOGURO dont il passe commande à Chôjirô, descendant des potiers coréens « exportés » dans la régions de Kyoto.
Chôjirô mettra au point une méthode de fabrication de bols noirs et de bols rouges, avec modelage à la main à partir d’un disque de terre et cuisson rapide en petit four au charbon de bois.
 
Tombé en disgrâce pour incompatibilité entre sa fidélité à l’éthique wabi et l’esprit de conquête et d’hégémonie de l’empereur Hideyoshi, Rikyu est condamné au « suicide honorable » en 1591 (le film « Rikyu » en retrace l’histoire).

Le pouvoir politique en profite pour appliquer son empreinte sur la religion en imposant à Tanaka Sokei, successeur de Chôjirô, le label « raku », allusion au nom d’un de ses palais appelé « Juraku ». C’est la naissance de la dynastie « raku », label transmis ensuite de génération en génération dans cette famille jusqu’à nos jours.



LE  RAKU : les origines.


Elles sont à la conjonction du travail de l’esprit imprégné de l’éthique WABI et de la main puisant dans l’histoire millénaire les techniques de cuisson du potier.

L’éthique WABI :
La pensée « zen » évalue le « naturel » comme univers abstrait, en perpétuelle évolution générée par l’imprévisible et l’imperfection, l’homme dans son humilité, étant intérieur à ce naturel.
« Le WABI est la beauté mystique de l’imperfection et de l’incomplet, une discipline où l’esprit tend à découvrir sa propre vérité de la relativité et non dans l’absolu et l’objectivité…beauté de l’imperfection, de l’irrégulier, de l’inachevé, de l’aléatoire, de l’accidentel détourné, flot incessant du temps = dialectique du cycle de la vie et de la mort = rejet de l’affirmation absolue ».
L’acte créateur du céramiste est imprégné de cette culture : d’abord la spontanéité du geste en complicité intime avec le matériau naturel brut, respecté dans tous ses possibles ; puis viendra l’acte réfléchi qui peaufine l’esquisse pour une meilleure traduction de l’esthétique wabi. Enfin, vient le Feu, feu de bois, qui métamorphose la matière.



LA  CUISSON  DE RAKU


Le public occidental retient le mode de cuisson rapide pour caractériser le raku : extraction à la pince des pièces du four incandescent pour les plonger dans l’eau ou dans un seau rempli de sciure, feuillages, papiers.
Disons que ces caractéristiques ne suffisent pas à caractériser le raku japonais. D’abord l’enfumage n’était pas pratiqué.
Par ailleurs, le type de cuisson raku puise ses racines dans l’histoire des techniques et gestes du potier : introduire dans le four un objet de forme et de dimension permettant son extraction facile de la chambre de cuisson incandescente, a été pratique par maintes générations de céramistes dans le monde pour vérifier à vue directe si la température de cuisson était suffisante.
En Corée et en Chine, par exemple, en fin de cuisson en grands fours couchés, des bols-tests cylindriques à fond plat ont permis de vérifier l’aspect de ces objets préparés comme les autres pièces enfournées. Les bols, très stables, étaient placés derrière les « hublots » des parois sur une dalle, et retirés en fin de cuisson à l’aide d’une pince pour juger de l’état de maturité de la glaçure. Pour une meilleure évaluation, il est alors nécessaire de refroidir rapidement la pièce en la plongeant dans l’eau.
Notons que la pièce était souvent noire car observée avant la ré oxydation finale dans le four.



RAKU  OCCIDENTAL  ET  CREATION


L’histoire dans notre monde dit « occidental » de ce que l’on appelle par commodité le raku est très récente.
Les voyages au Japon de céramistes d’Europe et d’Amérique ont donné lieu à des échanges multiples pendant la seconde moitié du XX° siècle. Des techniques nouvelles furent le résultat de la synthèse des savoirs techniques qui en résulte, mises au service d’une création céramique contemporaine riche dans sa diversité au carrefour des cultures.
Le céramiste de raku crée d’abord pour extérioriser une liberté d’expression tout à fait personnelle où le spontané peut précéder la réflexion dans le façonnage. S’il utilise la technique de cuisson du raku, c’est parce qu’elle lui permet, en un temps réduit, de créer des pièces dans l’élan.
Elle rend possible l’enfumage que le raku japonais ignore. Il transforme la « peau » de l’objet par une alchimie combinée du minéral et du métal des oxydes : effets de matières, irisations métalliques, révélation de craquelures, éclatements de terre brute maitrisés, mutation des couleurs où l’aléatoire a sa part.

L’esthétique est intuitive, objective, dérivée de l’imagination du céramiste ; il expérimente hors de toute tradition. Cette liberté d’expression dans le travail de la main et de l’esprit nous renvoie à Bachelard, mais aussi à l’éthique wabi.
Elle révèle une réflexion et une démarche de l’esprit parallèles. Pour le plus grand bénéfice d’une création céramique libre de son évolution en surfant sur le socle de son histoire millénaire.




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